Par Anaïs BUJDO-QUESNEL – Etudiante à l’ISFJ de Lyon
À Lyon, de plus en plus d’étudiants combinent job et études. Avec l’augmentation du coût de la vie, ces jeunes doivent faire davantage d’heures, quitte à sacrifier leur apprentissage.

Un bar à proximité de l’université Lyon III Jean moulin, où plusieurs étudiants travaillent souvent le soir en parallèle de leurs études. Par Anaïs BUJDO-QUESNEL
Les machines s’agitent, le bruit envahit la pièce. Il est 22h dans une usine à Saint Priest. Alix est épuisée à la tâche. Pour la jeune femme de 19 ans, étudiante en droit à l’université Lyon 3, il est indispensable de courber l’échine :
» J’ai raté mon année à cause de deux points mais j’avais besoin de ce salaire pour mon loyer” confie-elle.
Comme Alix, beaucoup d’étudiants se retrouvent dans une impasse : travailler pour essayer de (sur)vivre. Selon l’Observatoire national de la vie étudiante (OVE), 40 % des étudiants inscris dans l’enseignement supérieur exercent une activité professionnelle en parallèle de leurs études. Une étude publiée par l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) en mars 2024 portant sur l’année 2020 recense 146 000 étudiants occupant un “job” non lié à leur formation. Ces étudiants se retrouvent dans l’obligation d’exercer un travail en cumulant beaucoup d’heures.
Un volume horaire trop élevé
La question centrale n’est pas tant de savoir si un étudiant travaille, mais combien d’heures. Le chercheur Julien Berthaud a établi, dans son ouvrage « Salariat étudiant, parcours universitaires et conditions de vie », que les étudiants travaillant plus de 18 heures par semaine affichent un taux de réussite moins élevé que celui des autres étudiants. En suivant un groupe représentatif d’étudiants inscrits en licence, il conclue que 64 % des étudiants cumulant un job réussissent leurs 3 ans contre 73 % des étudiants qui ne travaillent pas.
Pour Lucas, étudiant en troisième année en informatique à l’IUT Lyon 1, ces chiffres font écho.
« J’ai dû redoubler ma deuxième année », explique-t-il. Le jeune étudiant cumule un job de livreur et ses études d’informatique : « Je devais aussi travailler la nuit, ce qui m’empêchait de réviser. Je tournais à 20 heures par semaine de travail », souligne-t-il.
Avec ces horaires, le constat est simple : moins d’heures de révision, moins de présence en cours et moins de temps pour les rendus. La fatigue s’accumule, la concentration diminue et les résultats en pâtissent.
« J’ai pensé à plusieurs reprises à arrêter mes études. Ce n’était plus gérable », affirme-t-il.
Pour la plupart des étudiants dans l’obligation de travailler, l’emploi du temps n’arrive pas à être aménagé. C’est le cas d’Alix, qui n’arrive pas à allier études et job :
« Mon entreprise a refusé de caler mes horaires de travail là où je n’avais pas cours ».
Résultat, la jeune femme doit obligatoirement travailler le soir.
Des inégalités sociales amplifiées
Le job étudiant ne pèse pas de la même façon sur tous les étudiants. Il révèle et amplifie des inégalités sociales préexistantes. Ce sont le plus souvent des étudiants issus de milieux modestes qui travaillent le plus d’heures, par nécessité et non par choix. Or, ce sont aussi eux qui ont le moins de filets de sécurité : pas de parents pouvant les aider financièrement, pas de réseau professionnel pour trouver des emplois compatibles avec les horaires de cours.
« Ma mère ne peut rien me donner, je dois vivre seul », explique Lucas.
Le jeune homme doit payer seul le loyer de son appartement du Crous. Vanessa Pinto, maîtresse de conférences à l’université de Reims-Champagne-Ardenne, le formule clairement dans son livre À l’École du salariat. Les étudiants et leurs « petits boulots » (2015) : « l’exercice d’une activité rémunérée pourrait contribuer à renforcer les inégalités sociales en nuisant à la réussite des études ».
Une observation corroborée par les données du Ministère de l’Enseignement supérieur : les étudiants en BTS, filière qui accueille 52,5 % des boursiers, sont à la fois les plus précaires et les plus exposés à allier travail et études. Il faut prendre en compte le profil des emplois occupés. L’Insee note que 11 % des jobs étudiants relèvent de métiers d’ouvriers : hôtellerie, restauration, caisse, vente, usine. Ces emplois sont souvent assortis d’heures décalées (soirs, weekends). Le Sénat, dans un rapport de 2021 sur les conditions de vie étudiante, reconnaît lui-même la limite du système et appelle à « un accompagnement personnalisé des étudiants dont l’activité salariée menace le parcours ». Mais les dispositifs restent encore rares et sous-financés.

