Par Louisa DELIGNY – Etudiante à l’ISFJ de Lyon
Alors que le Festival des Solidarités de Lyon s’est achevé en novembre dernier, les associations participantes dressent un premier bilan : les jeunes se montrent toujours plus curieux des enjeux climatiques, sociaux et internationaux. Une tendance qui questionne leurs nouvelles manières de s’engager.

Bénévoles de l’association EDEN et l’équipe de la Maison des solidarités lors de la maraude sociale du 19 novembre, organisée dans le cadre du Festival des solidarités ©Johannes, membre de l’association EDEN
Le Festival des Solidarités réunit chaque année une quarantaine d’associations autour de la solidarité, du climat, des droits humains et de la coopération internationale. Plus de cinquante événements gratuits – ateliers, projections, rencontres – sont proposés pour sensibiliser le public.
« Le Festival est né pour donner envie d’agir face aux grands défis actuels », rappelle Andra Pomeanu Sadurny, coordinatrice de la Maison des Solidarités, organisatrice du Festival.
Une jeunesse motivée… mais autrement
Selon Andra Pomeanu Sadurny, « l’engagement des jeunes est en progression ». Une tendance confirmée au niveau national : l’étude La France bénévole 2024 montre que 30 % des 25-34 ans sont engagés, contre 22 % en 2019 – une hausse significative.
Mais la manière de s’impliquer change. L’engagement des jeunes privilégient désormais des missions moins institutionnelles, plus ponctuelles et modulables. Info Jeunes Lyon, l’association de référence pour l’accompagnement des 15-30 ans observe que les jeunes cherchent avant tout «à être utiles» et recherchent des missions «courtes, accessibles et compatibles avec leurs études».
Les motivations elles aussi, se transforment. À Grains Green, association engagée sur les questions climatiques, la directrice Rosa Al Juhmany note des étudiants « plus motivés » face l’impact visible du changement climatique.
Climat, justice sociale, migrations : des enjeux qui résonnent
Les thématiques qui attirent le plus les jeunes restent l’inclusion, l’environnement, l’éducation, la justice sociale et les migrations. Des sujets au cœur du Festival, des parcours étudiants et de l’action d’EDEN.
EDEN, association dans la solidarité internationale mène notamment des maraudes sociales et des actions auprès de femmes hébergées en centre d’urgence.
« Les jeunes nous demandent comment commencer, s’ils seront légitimes, et surtout quel impact concret ils peuvent avoir », explique Dorelia Ngomba.
De son côté, Grains Green a projeté deux films autour du thème « Syrie : le climat au cœur de l’exil », illustrant les liens entre crise environnementale et migrations forcées.
« Les histoires touchent plus les jeunes que les discours scientifiques », souligne Rosa Al Juhmany.
Des freins majeurs qui persistent
Malgré cet intérêt croissant, plusieurs freins majeurs demeurent : manque de temps, surcharge d’études, difficulté à s’orienter, manque de confiance.
Yannick Charlety, conseiller Info-Jeunes retrouve ces obstacles au quotidien : les étudiants expriment souvent la peur « de ne pas être légitimes », l’appréhension d’un engagement trop lourd ou la simple méconnaissance des dispositifs existants. Beaucoup ignorent encore la diversité des formes d’engagement.
Ces freins expliquent en partie pourquoi la majorité privilégie des missions brèves et ciblées plutôt qu’un bénévolat durable.
Un contexte national qui confirme la tendance
En 2024, 23,6 % des Français donnent de leur temps à au moins une association, soit environ 12,5 millions de personnes (associations.gouv)
Seuls 9 % des bénévoles s’engagent chaque semaine, ce qui montre que l’engagement est souvent ponctuel ou occasionnel, plutôt que régulier (Isère bénévolat)
Des formats renouvelés pour faciliter l’engagement
Les associations réinventent leurs formats pour s’adapter aux attentes et attirer les jeunes. Grains Green mise sur des supports interactifs plus proches des codes étudiants : projections, récits personnels, créations numériques, réseaux sociaux ou interventions culturelles.
EDEN, de son côté, privilégie une approche humaine et immersive avec des maraudes et des ateliers bénévoles.
« Les jeunes veulent voir l’impact réel de leurs actions », souligne Dorelia Ngomba.
Info Jeunes apporte un appui décisif grâce à l’orientation et à la mise en relation avec les structures locales. Les équipes constatent une demande croissante pour des engagements flexibles, ponctuels ou entièrement en ligne, souvent plus compatibles avec les rythmes d’étude.
Un rôle décisif pour les jeunes dans les années à venir
Les associations s’accordent sur un point : la participation des jeunes sera déterminante pour les solidarités de demain.
« Ce sont eux qui vont prendre le relais et sensibiliser », affirme Rosa Al Juhmany.
Selon Info Jeunes, des événements comme le Festival des Solidarités jouent un rôle clé : ils rendent visibles les causes, permettent la rencontre directe avec des bénévoles et offrent un espace où les jeunes se sentent légitimes pour poser leurs questions. « C’est souvent le déclic », souligne l’équipe.
Dorelia Ngomba formule un souhait simple, partagé par de nombreuses associations : « Voir une jeunesse engagée, consciente et solidaire. »

