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Jobs étudiants et santé mentale : l’équilibre sous pression

Par Clara JOUVE

Par Clara JOUVE – Etudiante à l’ISFJ de Lyon

Entre cours magistraux et jobs étudiants, des milliers d’étudiants jonglent chaque semaine avec une double vie. Derrière la fierté d’assumer leurs dépenses se cache souvent une fatigue silencieuse, qui inquiète de plus en plus les professionnels de santé mentale.

Il est 8h du matin. Jeremy, 19 ans, troque sa seule semaine de vacances contre un poste d’animateur en centre aéré. En première année de Bachelor aéronautique et spatial, titulaire du BAFA, il aurait pu souffler. Il a choisi de travailler. À quelques kilomètres de là, Charlène, 20 ans, en deuxième année de licence de droit, enchaîne ses heures de caisse dans une grande surface. Comme eux, plus de 150 000 étudiants cumulent études et emploi tout au long de l’année universitaire, selon les données de l’Observatoire de la Vie Étudiante l’OVE. Une réalité devenue banale, mais dont les conséquences sur la santé mentale restent largement sous-estimées.

Malgré les contraintes, tous deux tirent de leur expérience des bénéfices concrets. Charlène a appris à gérer ses comptes, à s’organiser, à gagner en confiance et lui offre un cadre social positif,

« Je m’entends super bien avec mes collègues », confie-t-elle.

Jeremy partage cette même volonté d’indépendance.

« Ça fait deux ans que je fais ça. C’est un choix : je veux financer mes projets et pouvoir me débrouiller seul. ». Pour lui, l’expérience forge le caractère. « Ça en vaut la peine mais il faut avoir le mental et être motivé. Il faut être sûr de pouvoir tenir la fatigue et se surpasser. »

Titulaire du BAFA, Jeremy choisit de travailler là où d’autres se reposent, par Clara JOUVE

Une psychologue spécialisée dans l’accompagnement des jeunes adultes au sein du Service Santé des Etudiants de Lyon confirme que cette dynamique n’est pas forcément problématique.

« Tout dépend du nombre d’heures de travail et de la façon dont l’étudiant parvient à conserver des temps de pause. »

Le travail peut renforcer l’autonomie et la confiance en soi à condition de ne pas empiéter sur les ressources essentielles.

Entre deux cours, certains étudiants enfilent leur tenue de travail. Par Clara JOUVE

Quand le corps dit stop

C’est précisément là que le fragile équilibre peut se rompre.

« Le fait de tout gérer est parfois compliqué », reconnaît Charlène. La fatigue se fait sentir, même si son stress porte avant tout sur les études. Il lui est arrivé de manquer quelques cours, uniquement dans des matières déjà validées.

Pour Jeremy, la situation est plus tendue. « Je n’ai pas de vacances, donc pas de repos. Pour les révisions des partiels et des rattrapages, c’est très compliqué de s’adapter. » Les moments de détente existent, mais ils restent rares et coupables. « On essaye de trouver des moments pour souffler, mais ce sont des moments où on devrait se reposer ou réviser. » Le bilan est sans détour : « Oui, je suis très fatigué et stressé pour les révisions. »

Ce que décrivent Charlène et Jeremy, la psychologue le retrouve régulièrement en consultation.

« Les étudiants décrivent souvent une fatigue persistante, des troubles du sommeil et un sentiment de pression constante. Ce sont des signaux à ne pas négliger. » Elle insiste sur la nécessité de savoir distinguer les signes avant-coureurs d’un épuisement plus profond : « La fatigue passagère est normale. En revanche, lorsque l‘irritabilité augmente ou que l’étudiant se sent dépassé en permanence, il est important de consulter. »

Résister ou craquer : un équilibre précaire

Les parcours de Charlène et Jeremy illustrent deux réalités différentes, mais un même défi : trouver l’équilibre entre ambition, indépendance et santé mentale. Le job étudiant peut être un levier d’autonomie, d’expérience et de confiance en soi. Mais sans limites claires, il peut aussi accentuer la pression universitaire et la fatigue.

Pour Charlène « Avant c’était un choix, maintenant c’est une nécessité financière. ».

Dans ce contexte où travailler pendant ses études devient primordiale pour certains, la vigilance reste essentielle. Derrière cette volonté de réussir se cache parfois une génération sous pression, tentant de concilier contraintes économiques et bien-être personnel.

Face à ces réalités, la psychologue formule des recommandations claires : limiter les heures de travail hebdomadaires, planifier des temps de récupération non négociables, et ne pas hésiter à solliciter des dispositifs d’aide comme santépsy. Elle conclut sur une idée simple, mais que beaucoup d’étudiants semblent avoir oubliée :

« Le repos fait partie de la réussite. »

Si vous êtes étudiant et ressentez des signes d’épuisement ou d’anxiété persistante, le dispositif santépsy vous permet de consulter un psychologue libéral sans avance de frais. Renseignez-vous auprès de votre médecin traitant ou de votre université.